Saint Ignace et la Mère du Seigneur

2 mai 2022Homélies Kolvenbach

En cette année ignatienne, nous publions une série d’homélies que le Père Général Kolvenbach a prononcées à l’occasion des fêtes de saint Ignace. Dans cette homélie, le Père Kolvenbach parle de l’importance de Marie pour St. Ignace.

Eglise du Gesù, Rome 31 juillet 1988

En cette année mariale, nous ne pourrions pas célébrer ensemble, ce soir, la fête de saint Ignace sans rappeler sa dévotion à la Vierge Marie. En pleine époque de l’histoire de l’Eglise où la Réforme tentait de pousser à l’écart la Mère de Dieu afin d ‘honorer plus purement et uniquement son Fils Jésus, saint Ignace faisait partout connaître son expérience spirituelle, car elle lui avait fait découvrir que Marie, loin de nous éloigner du Christ, nous introduisait au contraire dans le mystère de Dieu.

Dans son Journal spirituel, Ignace appelle la Vierge « porte et part de la grâce ». Elle est la porte et c’est d ‘elle qu’Ignace a voulu apprendre, toujours et avant tout, comment parler à son Fils Jésus et comment s’adresser à Dieu le Père. Dans les Exercices Spirituels, il n’est pas de colloque ne commençant par cette porte qu’est l’intercession de la Sainte Vierge. C’est justement parce qu’elle fait partie de l’oeuvre de notre salut qu’elle peut nous introduire à la rencontre avec la Trinité. En s’adressant de la sorte à la Vierge, S. Ignace souligne que les Exercices Spirituels ne veulent pas nous présenter une doctrine ou une série d’idées, mais tendent à nous rendre disponibles pour une rencontre personnelle de Dieu, rencontre dont Notre-Dame témoigne par l’intermédiaire de sa vie de première des croyantes, pleine de grâce, mère affligée et vierge toute joyeuse. Il serait difficile de justifier une tradition qui voudrait que Notre-Dame ait dicté mot par mot les Exercices Spirituels à S. Ignace, mais il est clair que c’est grâce à la Sainte Vierge que saint Ignace a appris à collaborer généreusement et gratuitement à l’oeuvre de salut de son Fils Jésus, et que c’est à Marie que saint Ignace pense lorsqu’il ose tracer les contours contemplatifs et apostoliques de sa spiritualité. L’icône de Notre-Dame peinte par S. Ignace comporte une dimension pascale que nous risquons parfois d’oublier.

De même Ignace met en évidence les douleurs de la Vierge. Il n’oublie pas que la croix pèse déjà sur l’événement de la nativité de Jésus. Ignace met particulièrement en relief l’adieu de Jésus à sa mère, au moment où le Seigneur renonce à sa famille de Nazareth pour se consacrer exclusivement à la mission que son Père lui a confiée. Ignace nous invite surtout à nous unir de tout notre coeur à la solitude de Notre-Dame pendant la Passion de son Fils, à nous unir à cette douleur, à cette souffrance sans pareille, où l’amour qui reste malgré tout plus fort que la mort soutient sa foi dans la croix et son espérance dans la résurrection.

Ignace, qui se savait appelé à suivre le Seigneur en ses peines et en ses joies, sentait que la Sainte Vierge participait à la croix à travers ses douleurs, comme à la gloire pascale de son Fils et Seigneur à travers ses joies. C’est ainsi que saint Ignace, toujours aussi fidèle à la parole de l’Evangile, nous invite à contempler une rencontre dont l’Evangile ne parle pas, celle de la première apparition du Seigneur ressuscité à Notre-Dame. Comme s’il prévoyait notre surprise, S. Ignace s’est justifié ainsi: « Ce qui, bien qu’on ne le dise pas dans l’Ecriture, est considéré comme sous-entendu … Car l’Ecriture suppose que nous avons de l’intelligence, selon ce qui est écrit: « Etes-vous, vous aussi, sans intelligence? » (Ex. Spir. 299). Pour saint Ignace, il ne s’agit pas d’une exégèse pieuse, d’une affaire d’imagination. Pour reprendre les mots de saint Ignace: la Sainte Vierge est la porte de la joie pascale, car elle-même fait partie de ce mystère.

Fidèle à une longue tradition dans l’Eglise, cette rencontre pascale entre le Seigneur ressuscité et Notre-Dame était tout à fait différente des apparitions dont parle l’Evangile, et qui avaient toutes pour but de convaincre et de rassurer les disciples qui doutaient de la résurrection de leur Seigneur. La consolation reçue par Marie en cette rencontre pascale n ‘est nullement une compensation sentimentale pour les peines éprouvées sous la croix. Pour S. Ignace, cette consolation ne pouvait être qu’un surcroît de foi pascale, d’espérance pascale et d’amour pascal. il ne s’agit pas, comme dans le cas des disciples, d’une foi trop humaine et vacillante qui aurait besoin de grandir: chez Marie, Pâques n’a fait qu’augmenter la foi en son Fils ressuscité qui révèle comment la vie naît de la mort, comment la lumière du Christ brille au sein même de la souffrance et des douleurs. il ne s’agit pas, comme chez les disciples, d’une espérance trop terre à terre, intéressée à la récompense de tant d’épreuves, et qui aurait besoin d’être purifiée en elle: chez Marie, la Pâque a accru l’espérance dans le paradoxe incompréhensible de toute vie dans l’Esprit, où il faut prendre chaque jour amoureusement la croix sur soi, pour y ressusciter déjà chaque jour à nouveau avec le Seigneur ressuscité. Ce n’est pas, comme chez les disciples, un amour possessif et changeant qui aurait besoin d’être confirmé: chez Marie, Pâques augmente cet amour pascal qui, dans le Seigneur ressuscité, perd sa vie pour que l’autre vive en abondance et qui, par le commandement nouveau, donne toute sa vie pour la vie du monde.

Ce soir, saint Ignace nous invite à renouveler en cette Eucharistie le mystère de la grande Pâque du Seigneur et à prier en tant qu’Eglise afin qu’il nous arrive ce qu’il est advenu en archétype à la Sainte Vierge, mère affligée et vierge joyeuse: la consolation de grandir dans la foi pascale grâce à l’espérance pascale d’un amour pascal plus fort que la mort.

Lisez les autres homélies ici.

Written byÉcrit parEscrito porScritto da Peter Hans Kolvenbach SJ
Peter Hans Kolvenbach SJ (30 novembre 1928 - 26 novembre 2016), jésuite néerlandais et vingt-neuvième supérieur général de la Compagnie de Jésus.

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