Vous avez dit : indulgence ?

26 mai 2021Annonces

Pour l’Année ignatienne, le Saint-Siège a accordé une indulgence plénière. Benoît Malvaux nous explique ce que cela signifie aujourd’hui.

A l’occasion du jubilé des 500 ans de la conversion de Saint Ignace et des 400 ans de sa canonisation, le Saint Siège, en réponse à une requête du Père Général, a concédé une indulgence plénière aux fidèles qui visiteront les églises et oratoires de la Compagnie de Jésus durant l’année jubilaire. Cette nouvelle suscitera sans doute la perplexité, voire un certain malaise, chez bon nombre de compagnons et d’amis de la Compagnie. De quoi s’agit-il exactement ? Serions-nous revenus au temps de la construction de la Basilique Saint-Pierre, financée en partie par un trafic d’indulgences qui a provoqué la légitime indignation de Luther ?

Aujourd’hui, l’Église ne souhaite certainement plus monnayer les indulgences, mais elle n’en a pas pour autant renoncé à sa doctrine sur le sujet. Saint Paul VI lui a consacré une Constitution apostolique en 1967 et elle fait l’objet de développements tant dans le Code de droit canonique que dans le Catéchisme de l’Église catholique. Cela vaut donc la peine de creuser la question. Comment l’Église comprend-elle les indulgences aujourd’hui ? En quoi la concession d’une indulgence plénière pour l’année ignatienne peut-elle nous concerner ?

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Le Catéchisme de l’Église catholique est particulièrement éclairant à ce propos. Au nº 1471, il définit l’indulgence comme la rémission devant Dieu de la peine temporelle due aux péchés pour lesquels le pardon a déjà été donné. Le nº 1472 explicite cette définition, à partir de la double conséquence du péché. Si le péché est grave, il prive de la communion avec Dieu. Le pardon reçu dans le sacrement de la réconciliation permet de retrouver une telle communion. Cependant, le péché manifeste aussi un attachement malsain à certaines réalités, que le pardon sacramentel ne supprime pas automatiquement. Pour être libéré de cet attachement, il est nécessaire de vivre un processus de purification. Éventuellement, cette purification se réalisera pleinement dans l’au-delà – elle correspond alors à ce qu’on appelle le purgatoire. Mais elle peut aussi commencer dès ici-bas, si le pécheur déjà pardonné pose des gestes concrets pour se libérer de cet attachement. Sur ce chemin, il peut être soutenu par la prière d’autrui, dans le cadre de la communion des saints, tout comme lui-même peut prier pour d’autres personnes qui vivent le même cheminement.

L’indulgence dont il est ici question peut être considérée comme une proposition faite par l’Église, à un moment symboliquement important, pour aider à avancer sur ce chemin de purification. L’Église a pris l’habitude d’offrir une telle indulgence lors des années saintes, qui ont lieu en principe tous les 25 ans. Mais elle peut aussi la proposer à d’autres occasions, comme ce sera le cas pour l’année jubilaire ignatienne. Durant ce temps privilégié, les chrétiens sont invités à une démarche particulière qui exprime leur désir d’avancer sur ce chemin de libération des attachements malsains. Cette démarche suppose de se rendre dans un lieu déterminé (dans le cas de l’année jubilaire ignatienne, il s’agira de visiter une église ou un oratoire de la Compagnie de Jésus), afin d’y vivre le sacrement de la réconciliation, de recevoir la communion au cours d’une eucharistie et de prier aux intentions du Pape. Pour les personnes malades ou incapables de se déplacer, il est possible de vivre la même démarche en restant chez elle, en priant par exemple devant une image de Saint Ignace. L’esprit dans lequel vivre cette démarche sera d’offrir au Seigneur le désir de se libérer davantage des attachements malsains qui empêchent de vivre pleinement les valeurs de l’Évangile, en se confiant à l’intercession des vivants et des morts, dans la communion des saints.

Une telle démarche est bien sûr laissée à la liberté de chacun. Ceux qui sont mal à l’aise avec cette compréhension des conséquences du péché ou qui estiment cette figure surannée peuvent tout à fait légitimement s’abstenir d’y recourir. Cependant, l’année jubilaire ignatienne peut être aussi, pour ceux qui le souhaitent, l’occasion de prendre conscience que le pardon reçu dans le sacrement de la réconciliation, régulièrement ou occasionnellement, ne suffit pas pour supprimer tout attachement malsain et qu’une démarche plus spécifique de purification, en s’appuyant sur la communion des saints, peut aider à avancer en ce sens. À chacun de voir ce qui l’aidera davantage à progresser sur le chemin de la sainteté.

Written byÉcrit parEscrito porScritto da Benoît Malvaux SJ
Benoît Malvaux SJ est un jésuite belge à la Curie Générale à Rome où il est le Procureur général. Il conseille le Père général sur toutes les questions de Droit canon et sur le Droit de la Compagnie de Jésus.

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