« L’homme est créé pour louer… »

22 novembre 2021Homélies Kolvenbach

En cette année ignatienne, nous publions une série d’homélies que le Père Général Kolvenbach a prononcées à l’occasion des fêtes de saint Ignace. Dans cette homélie, le Père Kolvenbach parle de la première méditation des Exercices Spirituels.

Eglise du Gesù, Rome 31 juillet 1990

Pour nous tous à nouveau rassemblés ici, c’est une grande joie de célébrer ensemble la fête de S. Ignace auprès de la Sainte Vierge de la Route et à côté de la tombe du saint.

Tout qui connaît Ignace à travers les Exercices Spirituels, qui illuminent encore de nos jours tant de chrétiens en les aidant à comprendre leur propre vie comme une vocation, se souvient certainement de la phrase par laquelle commence la première méditation: « L’homme est créé pour louer … « . Ce n ‘est qu’un exorde. Ignace y retourne souvent: prier l’objectif pour lequel j’ai été créé; louer Dieu notre Seigneur; agir à la plus grande gloire, à la plus grande louange de Dieu. A la fin des Exercices Spirituels, Ignace nous invite à ne pas demeurer dans l’abstrait, mais à louer aussi tout ce que Dieu a suscité de beau et de bon en son Eglise: louer le sacrement de la réconciliation et le très saint sacrement de l’Eucharistie, louer les pèlerinages et les édifices des églises. Ignace ne nous demande pas de pratiquer automatiquement toutes les dévotions et les pratiques que l’Esprit suscite en son Eglise, mais il nous encourage à avoir un esprit ouvert qui sache louer les longues prières qui se font dans les églises et les cierges qui y sont allumés, même si le Seigneur nous appelle à une vocation différente. S’il est vrai que le Seigneur appela Ignace à abandonner une vie consacrée à la psalmodie et aux pénitences extérieures pour se consacrer uniquement au travail exigeant de l’évangélisation, il n’empêche qu’Ignace louait son Seigneur pour la vie contemplative des moniales et des moines. La diversité était pour lui l’expression de la richesse de l’Esprit dans l’Eglise, qu’aucun genre de vie ne peut épuiser pleinement; il ne trouvait là nul motif de faire des comparaisons et de juger. Nous devons seulement sortir de nous-mêmes, de nos propres catégories et intérêts afin de louer le Seigneur, avec toute la richesse de la diversité de nos dons.

Pour Ignace également, comme pour d’autres, la grande figure de celui qui loue est celle du roi David. Saisi par la vision de tout ce que Dieu, Créateur et Sauveur, fait pour son peuple, il se dépouille de ses vêtements royaux pour danser, sans retenue, sa louange devant l’arche du Seigneur, parce que son amour est éternel. Que la foule risque de se moquer de sa personne lui est indifférent et peu lui importe si sa femme pense qu’il va perdre tout prestige auprès du peuple. Il sent qu’il ne suffit pas de réciter un beau texte ou de prononcer des paroles de circonstance. La louange explose en danse, sans calcul, pure gratuité: louer Dieu parce qu’il est Dieu et que son amour est éternel.

Comme pour Ignace, les heures de notre vie seront sans doute en majorité une marche, un cheminement qui doit péniblement choisir sa route vers la rencontre finale avec notre Créateur et Sauveur. Ce n’est pas pour rien qu’Ignace nous a enseigné le discernement, la découverte de la lumière de Celui qui est la Vie, dans notre nuit sur les étroits sentiers de la banalité et des souffrances qui ne semblent être que la route vers une mort absurde et que l’on discerne cependant dans sa lumière joyeuse comme la voie de Dieu avec nous. Sans doute notre vie est-elle un cheminement, mais elle doit connaître certains moments où l’on ne se déplace pas pour atteindre notre objectif personnel ou pour servir notre propre intérêt, mais où l’on court et l’on danse sur la route tracée par le Seigneur, uniquement pour la joie d’être son fils, son frère et son hôte, sans chercher notre propre intérêt, tout à fait gratuitement. L’homme est aussi créé pour louer et cette louange ne consiste pas avant tout à remercier pour les dons dont il nous a enrichis, mais à chanter de tout notre être, corps et esprit, avec tout notre émerveillement, simplement parce que Dieu est merveilleux. Ignace savait bien – et il l’écrit dans les Exercices Spirituels – que nous avons l’habitude de porter sur toute chose un oeil intéressé, un regard utilitariste: les choses et les personnes, voire même les amis, à quoi peuvent-ils me servir; et n’allons-nous pas jusqu’à dire: « En quoi Dieu peut-il m’être utile »? Ce n ‘est qu’une fois libérés de cet instinct de possession que nous pouvons, en toute liberté, et pour ainsi dire sans retenue comme David devant l’arche, gratuitement, comme des hommes qui n’ont rien d’autre à faire, louer le Seigneur parce qu’il est grand, parce qu’il est merveilleux, parce qu’il est amour, éternellement.

Auprès de la Sainte Vierge de la Route et au début de l’année ignatienne, demandons au Seigneur par l’intercession de S. Ignace et en empruntant ses mots « que toutes mes intentions, actions et opérations soient purement ordonnées au service et à la louange de sa divine Majesté ».

Que telle soit la grâce de cette Eucharistie.

Lisez les autres homélies ici.

Written byÉcrit parEscrito porScritto da Peter Hans Kolvenbach SJ
Peter Hans Kolvenbach SJ (30 novembre 1928 - 26 novembre 2016), jésuite néerlandais et vingt-neuvième supérieur général de la Compagnie de Jésus.

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